Les hirondelles ont fait le printemps

par camillebarbe

hirondelle

Mais pourquoi sont-elles allées s’enterrer dans ce trou perdu ? C’est ce que l’on se dit en jetant un œil sur la Une du supplément du quotidien La Montagne, réalisé par des étudiants journalistes en reportage-école. Le sujet ? Les « Cantaliennes de cœur ». Des femmes un peu loufoques à première vue. Car elles se sont envolées à jamais de la ville pour atterrir à la campagne. Seules ou accompagnées, elles ont entrepris une migration étrange vers cette pampa si terrifiante pour le bobo parisien pur souche : Le Cantal. En Auvergne. Dans le Massif Central. Délibérément. De leur plein gré. Elles s’y sont nichées, s’y accouplent, s’y reproduisent.

Posé en terrasse à faire le paon parmi ses congénères lors du brunch dominical, prenant garde que le jaune de l’œuf à la coque payé 15 euros ne coule lamentablement de sa mouillette sur son veston The Kooples payé 400, le bobo ne peut concevoir de quitter le confort de son habitat. En ville on a tout, c’est bien connu. Restos, cinés, bars et musées. Oiseau de jour, oiseau de nuit… Voilà la vraie vie ! Le stress, la pollution, les loyers exorbitants font partie du « deal ». Il faut l’accepter.

Et bien il y a des femmes qui ont dit non, tout simplement. En effeuillant le supplément pour obtenir la réponse à ce flux inhabituel d’individus vers les grands espaces, on découvre que chaque specimen a voulu atteindre son idéal de nid : Sylvia roucoule paisiblement auprès de Michel à Saint-Cernin, Vendetta parade avec grâce dans l’école de danse qu’elle a bâti à Aurillac brindille après brindille, Laurence s’est perché sur ses chevaux, dans les hauteurs de Champs-sur-Tarentaine. Certes, il y a des ratés. En déployant ses ailes, l’espèce néo-Cantalienne y  laisse des plumes. Clémence repartira après la saison des amours et la petite Emma a mis un an à s’adapter à l’environnement naturel. Dans le Cantal, on ne vient pas picorer dans la mangeoir du voisin si facilement et l’image du vilain petit canard qui n’appartient pas à la fratrie auvergnate colle à la peau pendant longtemps. On le voit, la campagne n’est pas une partie de plaisir ! Alors pourquoi y venir et surtout pourquoi y rester ?

Le supplément nous le donne en mille… Parce ces anciennes filles de la ville préfèrent le grand air et la liberté à une belle cage dorée. Le bonheur véritable n’a pas de mode d’emploi et chacun le construit à sa façon, avec ce qu’il est et qu’il veut. Que ce soit dans la foule d’un métro bondé ou dans la solitude des montagnes blanches. Se sentir chez soi n’a pas de prix, l’important est de s’en donner les moyens. Et quand le ramage vaut le plumage, l’hirondelle courageuse mérite toute la compréhension du monde.

 

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