João de Deus, la fleur destinée à la plume

par camillebarbe

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Poète singulier parmi les ultra-romantiques, traducteur, avocat et politicien – peu convaincu -, ce fils de l’Algarve fut aussi le père d’une méthode de lecture enseignée aux écoliers du Portugal pendant plus de vingt ans. Une vie consacrée, comme fatalement, à la justesse des mots.

« João de Deus a l’inspiration calme, spontané, presque inconsciente. […] Ses poésies sont comme les fleurs des champs. De celles qui, gardées dans un album, conservent parfaitement la délicatesse des formes, la couleur transparente de la corolle, le velouté du calice, la disposition charmante des pétales ».

C’est par ce clin d’œil à son œuvre maîtresse, Flores do campo, que le premier quotidien du Portugal, le Diário de Notícias, participait en 1895 à l’hommage national rendu au poète, un an avant sa mort. À cet enfant de l’Algarve, né en 1830 à São Bartolomeu de Messines. Une suprême mise en lumière au crépuscule d’une vie extrême, initiée par les étudiants de Coimbra.

Coimbra. L’un des berceaux – avec Porto – des ultra-romantiques, cette « génération perdue » pour qui le temps qui passe importe aussi peu que le temps qui reste. Les chefs de file sont António Augusto Soares de Passos, António Feliciano de Castilho et Camilo Castelo Branco. Pour João de Deus, étudiant en droit en 1850, la ville recèle bien les joies de la vie de bohême, des expériences littéraires, des premiers vers. Ses poèmes tels que Pomba et Oração, sont publiés dès 1855 par l’Institut de Coimbra et dans la Revista Literaria. Les critiques sont élogieuses ; et ce monde d’intellectuels offrent tant de choses à voir, à faire, à créer qu’il a vite raison du sérieux universitaire.

Chassez le naturel…

1862. Beja. Son diplôme finalement en poche, João de Deus devient rédacteur du journal O Bejense, premier périodique de l’Alentejo. Deux ans plus tard, il repart vivre sur sa terre natale où il continue à collaborer à différents journaux, de l’Algarve notamment. En parallèle, il entame une brillante carrière d’avocat à Silves. Jusqu’à ce que la poésie le rattrape… En 1868, João de Deus est à Lisbonne. Là, il passe son temps à errer dans les cafés, surtout le Martinho da Arcada. Il survit de travaux de traductions, de rédactions de sermons et autres hymnes pour cérémonies religieuses.

Nécessité faisant loi, João de Deus se présente aux élections des députés. Il espère trouver dans cette fonction une stabilité financière. Libéral, il est élu à Silves. Mais il n’interviendra quasiment jamais aux séances parlementaires et, peu à l’aise avec la fonction, laissera rapidement tomber son mandat. La même année, il se marie avec une jeune fille de bonne famille, Guilhermina das Mercês Battaglia, qui lui donnera trois enfants. La tranquillité du cadre familial permet au poète de se plonger à cœur éperdu dans la création. Son ami José António Garcia Blanco fait sortir, en 1869, deux publications : Flores do campo et Ramo de Flores éclosent au grand jour, gonflées d’une musicalité douce et rythmée, de mots tendres à l’encre simple. Ces recueils n’ont pas la force animale des grandes luttes amoureuses. Ils sont empreints de la fragilité des émotions sincères. Autant de finesse que João de Deus – indifférent à la célébrité et proche, plus que tout autre auteur romantique portugais, du folklore traditionnel – aura du mal à égaler par la suite. Mais la renommée restera au rendez-vous, en même temps que ce lien fatal avec l’écriture. Il y aura les nombreuses traductions de pièces de théâtre étrangères, dont le poème Horacio et Lydia de Ronsard. Il y aura surtout son rôle de pédagogue national. De Deus consacra les vingt dernières années de sa vie à la mise en application d’une méthode innovante d’apprentissage de la lecture. A Cartilha maternal est élaborée en 1876, sous l’influence d’une campagne d’alphabétisation. La méthode, qui demeure l’un des ouvrages les plus publiés au Portugal, est officiellement adoptée dans toutes les écoles du pays, de 1882 à 1903. Elle vaut aujourd’hui au poète prédestiné un repos éternel au Panthéon national.

Pour en savoir plus : Casa Museu João de Deus, Rua Dr. Francisco Neto Cabrita, 18375 São Bartolomeu de Messines. casamuseujoaodedeus.blogspot.fr/

Pour découvrir la poésie de João de Deus : http://www.guttenberg.org

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