Un Italien en Normandie

par camillebarbe

tony

 Steven Steri a quitté la Sardaigne pour venir vivre en France il y a près de dix-huit mois. A 21 ans, il est aujourd’hui responsable de salle d’un restaurant à Caen. Il nous raconte « son aventure ».

« Buongiorno principessa ! » Galant, Steven accueille les jolies clientes avec la fameuse réplique du film La Vie est belle de Roberto Benigni. Depuis son arrivée en France, il y a près d’un an et demi, Steven travaille au restaurant La Santa Lucia, rue du Vaugueux à Caen. Du métier de serveur, il ne connaissait rien et a dû apprendre sur le tas. Il est aujourd’hui responsable de salle. A La Santa Lucia, Steven s’est fait rebaptiser Tony, un nom qui sonnait plus italien. Le symbole d’une deuxième naissance, aussi, pour ce jeune homme de 21 ans qui a quitté la Sardaigne pour « aller faire un tour et recommencer à zéro avec une valise seulement ». Italien, Steven l’est sans conteste. Avec sa taille moyenne, ses cheveux châtain au milieu desquels une petite mèche blanche a fait son nid, ses yeux bleus-verts et ses lèvres charnues qui laisse échapper sourires généreux et phrases à l’accent irrésistible, il a le charme de la Méditerranée. « Mais je suis Sarde et Normand avant d’être Italien ! ». La distinction est pour lui primordiale. En Italie, le régionalisme encore très présent trouve son origine dans l’Histoire d’un pays unifié il n’y a finalement que 150 ans.

Le service du midi terminé, Steven raconte son histoire à lui, son « aventure », comme il l’appelle. La pression relâchée creuse à présent des cernes sous ce regard sérieux et franc. Les gestes nerveux masquent à peine la pudeur soudaine de parler de soi. « Après avoir passé mon baccalauréat il y a trois ans, j’ai voulu aller à l’université, la seule chose à laquelle pensent les jeunes en sortant du lycée. C’est le même schéma pour tous. Je voulais faire des études d’architecture mais il y avait seulement cent vingt places pour cinq mille demandes ». La tête sur les épaules, Steven prend une année pour réfléchir et, au vu de la crise qui règne, décide de partir de son village natal, San Sperate. « En Italie, il n’y a pas de boulot. Tout les secteurs sont bouchés, la machine ne marche plus ». Il choisit de s’installer en Normandie, une occasion de découvrir les origines de sa mère, Claire. « Elle est arrivée en Italie à 25 ans. Je pense pour les mêmes raisons que moi je suis venu ici. Je ressemble beaucoup à ma mère ». Installée à Milan d’abord, Claire rencontre Massimo, le père de Steven. Elle est coiffeuse, lui travaille à la préfecture de police. Lorsque Massimo est muté en Sardaigne, ils se marient. Une petite fille naît d’abord, puis Steven. Ils sont divorcés depuis.

Ici les gens sont plus « spudorata »

Même si « les hommes sont partout pareils » pour Steven, il a dû s’adapter à la manière de vivre des Français. « Ici, les gens sont plus « spudorata » (effrontés). Ils disent ce qu’ils pensent avec plus de sincérité. En Italie on cache ses sentiments, on a peur de ce que les autres vont penser ». Les Sardes prennent par contre la vie moins au sérieux. « On reste des gens du sud. Pour nous la vie, c’est la vie. C’est ne pas rester trop au boulot ». A Caen, Steven travaille six jours par semaine, en moyenne douze heures par jour. Être loin de chez lui est parfois difficile mais il ne regrette pas son choix. « Le but est de gagner un jackpot. Ce n’est pas riche que je veux devenir, c’est être tranquille. Ne pas avoir à m’inquiéter à chaque seconde de la journée. De toute façon, les difficultés que tu n’affrontes pas tout de suite, elles te reviennent dans la vie. Il faut battre le fer jusqu’à quand c’est chaud  ».

A la rentrée, Steven va commencer des études de Lettres étrangères appliquées (LEA) à l’université. Qu’il se lance dans l’importation de produits italiens ou qu’il devienne organisateur touristique, il aime l’idée « d’être un pont, un fil entre la France et la Sardaigne ». Mais il ne se voit pas faire sa vie en Normandie. « Ici je ne suis qu’en week-end. Un week-end prolongé ».

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