Mais où est donc Philippe Picard ?

par camillebarbe

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Présents depuis des siècles, les pêcheurs de la Seine se font rares en ce début d’été maussade. Sur place, il n’y en a pas un.

7h00 du matin sur les bords de Seine. L’heure où les pêcheurs taquinent habituellement le goujon. L’Île Saint-Louis s’active tout juste. Les camions livrent la marchandise aux restaurateurs. Les joggeurs fraîchement réveillés crachent leurs poumons. Les balayeurs de la ville nettoient le sol à grandes eaux. Mais aujourd’hui, le calme qui règne ne suffit pas à attirer les passionnés des poissons. Aujourd’hui, il pleut. Aujourd’hui, il n’y a personne.
« Cette année, la pêche n’est pas bonne, témoigne Jo, 20 ans, membre du Forum des pêcheurs de la Seine. Les crues ont duré longtemps et il faut dire ce qui est : le temps est dégueulasse ! ». Seul Philippe Picard pêche tous les jours, a précisé au téléphone Christian Chollet, président de l’Union de Paris et de la Seine (UPP).
« D’ordinaire, les pratiquants sont à la pointe de l’Île. Il y en a quelques-uns au quai de Tournelle mais c’est plus rare », indique Jean-Paul, du service de la voirie. Philippe Picard, lui, a coutume de planter sa canne à pêche rive droite, au niveau du Pont Neuf.
Sur les autres emplacements, – sous le pont Alexandre III, en contrebas de Notre-Dame et aux abords du Pont Marie -, c’est le désert. Là, les berges ne sont pas très hautes. Et les péniches passent peu.
Les pêcheurs sont autorisés à pêcher du levé au coucher du soleil, exception faite des carpes titillées la nuit sur l’Île Saint-Louis. Les heures propices aux bonnes prises sont le matin de bonne heure et le soir. Moment où les poissons ont faim. Eux ne sont pas destinés pour autant à être mangés. Ils sont systématiquement rejetés à l’eau, les poissons de fond se nourrissant de plantes porteuses de polychlorobiphényle (PCB), une substance toxique.

Une activité pas près de mourir

Depuis 1891, l’UPP loue l’espace fluvial intramuros à la ville de Paris. Les quatre cents membres de l’association y ferrent quelques-unes des trente-trois espèces de poissons qui barbotent. Gardons, rotangles, anguilles, carpes et silures essentiellement. L’association repoissonne la Seine à raison de 600 à 700 brochetons entre la fin de l’automne et le début d’hiver à la Tour Eiffel, Concorde et l’Ile Saint-Louis.
La pêche a-t-elle encore de l’avenir à Paris ? « Bien sûr ! Pourquoi voulez-vous que ça s’arrête ! », soutient Christian Chollet. Les adeptes, en effet, ont tous les âges. Si les jeunes préfèrent le « lancer », pratique sportive qui nécessite de se déplacer, les vieux privilégient le posé (plomb, bouchon). Présents toute l’année, les pêcheurs se font plus rares sur la rive au moment de Paris Plage. Beaucoup de monde. Trop de bruit. « A vrai dire, il y a dix ans, nous faisions partie de la première manifestation. Puis une députée écologiste a refusé notre participation ». Seul Philippe Picard continue de pêcher au beau milieu de Paris Plage.
Les autres reprendront leur quartier à la mi-août, une fois la vague de touristes disparue.
17h00, fin de journée sur les bords de Seine. Toujours pas de pêcheurs en vue. Pas même Philippe Picard.

Camille Barbe et Alice Rousselot

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